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Innovation

Optogénétique : un patient aveugle recouvre partiellement la vue

C’est une première mondiale qui vient d’être réalisée conjointement par l’Institut de la Vision (Sorbonne Université, Inserm et CNRS), l’hôpital des Quinze-Vingts, l’université de Pittsburgh et GenSight Biologics qui viennent de permettre à un homme atteint de cécité de recouvrer partiellement la vue.
Ces chercheurs ont mis en exergue les capacités de la thérapie optogénétique à modifier génétiquement les cellules afin qu’elles produisent des protéines sensibles à la lumière dites « channelrhodopsines ».

Un patient atteint de rétinopathie pigmentaire

L’homme de 58 ans ayant participé à l’étude est atteint de rétinopathie pigmentaire à un stade avancé, une maladie génétique dégénérative de l’oeil due à la mutation de gènes impliqués dans le fonctionnement des cellules photoréceptices de la rétine. Cette pathologie, souvent héréditaire, induit une perte progressive de l’acuité visuelle menant à la cécité. Ainsi, avant l’intervention, le patient ne parvenait plus à percevoir que la présence de sources lumineuses.

En quoi a consisté l’intervention ?

Les maladies héréditaires des photorécepteurs étant des causes très courantes de cécité, l’objectif avoué de la recherche était de parvenir à traiter ces pathologies en associant thérapie génique et stimulation lumineuse.
Dans le cas d’une personne dont la vue n’est pas altérée, les photorécepteurs jouent le rôle de cellules rétiniennes de détection de la lumière utilisant des protéines appelées opsines afin de fournir les informations visuelles au cerveau via le nerf optique.
Lorsque la maladie se développe, les photorécepteurs s’altèrent progressivement, évoluant irrémédiablement vers la cécité.
Afin de restaurer la sensibilité à la lumière, les scientifiques ont introduit le gène codant au patient dans l’une des protéines appelée ChrimsonR, une opsine détectant la lumière ambrée, plus sûre pour les cellules rétiniennes que la lumière bleue utilisée pour d’autres recherches d’optogénétique.

Les résultats obtenus après l’intervention

Cinq mois après avoir reçu l’injection de ChrimsonR, afin de laisser à l’organisme du patient le temps de produire des protéines en quantité suffisante et s’être vu équipé de lunettes dédiées équipées d’une caméra, différents tests ont pu être lancés.
Certains signes d’amélioration visuelle ont été constatés au cours des deux mois suivants, les résultats des tests démontrant qu’à l’aide de lunettes, le patient pouvait désormais localiser, compter et toucher des objets. Le premier test consistait à percevoir, localiser et toucher deux objets : un grand cahier et une petite boîte d’agrafes. Le patient est parvenu à toucher le cahier dans 92% des cas, ce pourcentage tombant à 36% concernant la boîte d’agrafes beaucoup plus petite. Dans le second test qui consistait à compter des gobelets sur une table, le patient y est parvenu dans 63% des cas. Enfin dans le dernier test, l’activité cérébrale du patient a été mesurée par le biais d’un casque d’électrodes d’électroencéphalographie (EGG). Un gobelet étant alternativement posé sur une table, le patient devait appuyer sur un bouton pour indiquer la présence ou l’absence de l’objet. Les résultats obtenus ont montré que les changements corrélés de l’activité au cours de ce tests étaient concentrés dans le cortex visuel. En analysant l’activité neuronale grâce à un logiciel, le décodeur pouvait dire avec une précision de 78% si le gobelet était présent ou pas dans un essai. Selon le professeur Roska, « cette évaluation a permis de confirmer que l’activité cérébrale est bien liée à la présence d’un objet et donc que la rétine n’est plus aveugle ».

Quels sont les patients éligibles à ce traitement novateur ?

Si l’optogénétique existe depuis une vingtaine d’années déjà, c’est la première fois au niveau mondial que cette approche innovante est utilisée sur l’homme et que ses bénéfices cliniques sont démontrés.
La question qui vous vient certainement à l’esprit est de savoir quelles seront les personnes qui pourront bénéficier de ce traitement ? Bien qu’incitant à la patience, la réponse semble très encourageante, si l’on considère la réponse du Professeur José-Alain Sahel : « Les personnes aveugles, atteintes de différents types de maladies neurodégénératives des photorécepteurs mais ayant un nerf optique fonctionnel, seront potentiellement éligibles pour le traitement, mais il faudra du temps avant que cette thérapie puisse être proposée ».

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